Rock&Rose

Par Marie Hélène Poitras, écrivainemh_poitras.jpg

À 34 ans, j’ai toujours un pied dans l’adolescence, période de grande fébrilité et de découvertes multiples. Toutes ces premières fois en rafale, ressenties à la puissance dix… Pour un auteur il y a là une petite mine d’or, que j’ai touchée de la plume dans La mort de Mignonne et autres histoires, destiné à un public adulte, qui fait son chemin dans les cégeps. Dans plusieurs nouvelles qui le composent, on croise des personnages adolescents. J’avais aimé leur absence de rigidité, leur cran, leur sens de l’émerveillement… Entre-temps, j’ai eu le bonheur de visionner deux films qui m’ont marquée par le mélange de pureté, de lucidité et d’humour qui les traverse : Little Miss Sunshine et À l’ouest de Pluton. Dans ces oeuvres, on voit non seulement des jeunes évoluer, mais aussi leur famille. J’ai eu envie d’en faire autant…

Et c’est le moment qu’a choisi Geneviève Thibault, directrice littéraire à la courte échelle, pour m’inviter à écrire ma série EPIZZOD, qui devînt pour moi un premier projet destiné aux jeunes (11 à 17 ans). Malgré ses protagonistes féminins, Rock&Rose n’est pas qu’exclusivement réservé aux filles. Il y est question d’amitié, d’amour, de rock, de pop, de former un groupe… Je suis journaliste musique au Voir et mon expérience a nourri l’histoire.

J’ai beaucoup pensé à mes lecteurs en rédigeant le feuilleton. Comment aborder certains sujets délicats (drogue, suicide, alcool, fausses cartes, etc.) sans les condamner ni les glorifier, sans faire la morale ? Chaque fois que j’étais confrontée à un défi d’écriture, je revenais à cette idée : faire le livre que j’aurais aimé lire lorsque j’étais moi-même adolescente.

Lors des derniers salons du livre auxquels j’ai participé, j’ai fait connaissance avec un nouveau public sincère et généreux. Noémie et sa tuque de laine, copie conforme de l’idée que je m’étais faite de Simone (mon personnage); la petite Charlotte, 11 ans, des yeux pétillants qui illuminent un coeur d’auteure; Kevin qui achète les bouquins en faisant croire que c’est pour une fille qu’il connaît; mes lecteurs plus âgés qui lisent le feuilleton pour ses références musicales…

La littérature – jeunesse ou autre – n’a rien de désuet, même à l’ère de Twitter. Il s’agit de trouver une façon de rejoindre les lecteurs qui soient attrayante à leurs yeux.

La littérature rocke. C’est une lectrice qui me l’a dit.

Commentaires de nos lecteurs

Chère Sarah-Jeanne,

Merci pour ce beau message. Pour une auteure, voir qu'on est aussi bien lu et compris, ça n'a pas de prix. Tu as, de toute évidence, saisi l'essence mon feuilleton et ça me fait plaisir.

Je suis heureuse que Simone et Juliette t'aient mené vers Mignonne qui, peut-être, te donnera envie à son tour de galoper jusqu'au Minotaure, qui sait?

Je suis en train de mijoter un autre livre jeunesse, fort probablement un album et l'histoire s'adressera aux 6 à 9 ans (et, pourquoi pas, aux grands enfants comme toi!). À suivre; ça risque de paraître en 2011.

Je cuisine aussi un autre bouquin pour adulte, et je dois dire que cet alternance entre littérature jeunesse et littérature "générale", je la trouve très saine puisqu'elle permet de faire le deuil d'un livre et de passer à autre chose sans trop se répéter.

Marie Hélène

Je suis bien d'accord avec toi sur plusieurs points ! Je t'ai découverte grâce à Rock&Rose, et "La mort de Mignonne et autres histoires" figure dans ma liste de lectures d'été.

Comme tu le dis, il est très difficile d'aborder des sujets plus difficiles comme la drogue et les sorties dans les bars lorsqu'on est mineurs dans des livres pour ados sans passer pour la matante moralisatrice. Trop d'auteurs ont fait cette erreur... Mais le fait que tu sois une jeune écrivaine, le message passe bien. Ce que j'entends dans tes livres, c'est "fais-le, ose-donc pour voir... mais je te dis d'avance que tu vas te faire pincer et ce sont ça les conséquences". Je pense que c'est un très beau message à délivrer aux ados... J'étais ado il n'y a pas si longtemps de ça (j'ai 21 ans) et je me rappelle qu'au secondaire, tout ce qu'on me disait c'était que la drogue, c'était mal (pourtant, tout mes amis en prenaient et "il n'y avait aucun danger !") et que j'allais croupir en prison si j'osais m'approcher ne serait-ce que d'un briquet. J'ai eu la chance de ne pas expérimenter trop de choses, mais je crois que le fait de ne rien savoir du monde adulte, de ce qui est considéré comme dangereux, en aura fait sombrer plus d'un autour de moi !

Peut-on s'attendre à d'autres oeuvres pour la jeunesse de ta part ?

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