Marie-Chantale Gariépy et sa rencontre au Pensionnat du Saint-Nom–de-Marie

Par Marie-Chantale Gariépy, auteure

Le 27 octobre 2010, je rencontrais les élèves du Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie pour une présentation et une discussion sur ma contribution au recueil collectif Premières Amours (la nouvelle « Vitriol Rose ») et sur le métier d’écrivain. Nous en avons profité pour poser un regard en primeur sur mon roman La voleuse rouge, justement paru la veille. Comme je n’ai pas même fait une dizaine d’animations au cours de ma toute jeune carrière, j’étais un peu nerveuse, mais je sais bien que la chimie entre un groupe et un orateur dépend de nombreux facteurs.

Quand on rencontre un groupe de filles, de cinquième secondaire, il faut être au moins aussi authentique et naturelle qu’elles. Pourquoi condescendrait-on à jouer à être quelqu’un d’autre pour tenter de leur plaire ? Ce serait une erreur. Ce sont des jeunes femmes, et en tant que femme moi-même, je les respecte pour ce qu’elles sont et ce qu’elles deviendront.

S’exprimer en public est toujours délicat : certains ont tendance à adopter un accent qui n’est pas le leur, à « perler », comme raillerait ma mère. Pourtant, la langue française du Québec a toute l’élégance et la vivacité nécessaire à l’oralité. Nul besoin de recourir à des artifices donc. Peut-être opté-je pour un langage un peu plus soutenu que d’ordinaire, mais dans le feu de l’action, entre les questions et réponses, on en vient à s’entretenir un peu sur le mode de la confidence. C’est ce qui s’est produit ce mercredi-là, alors que les délicieuses lectrices enchaînaient les interventions, toutes plus pertinentes les unes que les autres, sur les thèmes abordés : la construction des personnages, l’analyse des intentions de l’auteur, l’inspiration, la vie réelle qui s’insinue dans la fiction, etc.

Donner une conférence est difficile ; il faut ménager son auditoire, ne pas risquer de l’endormir, il faut aménager des bulles d’air, des respirations pour détendre un peu l’atmosphère. Les meilleurs professeurs l’ont compris, et c’est ainsi qu’ils parviennent à transmettre leur matière. N’ayant pas fait l’école de l’humour, ni celle de pédagogie 101, cet aspect d’une rencontre m’angoisse toujours un peu. Cette fois-ci, le punch et le timing étaient au rendez-vous, quelques anecdotes personnelles, quelques blagues, et nous étions liées, elles et moi.

Nous avons parlé de mon œuvre, de ma démarche d’écriture. Le mystère de l’interaction fiction-vie personnelle, les mécanismes de la création et le parcours du créateur les fascinent réellement.

L’éternelle contradiction du « voilé-dévoilé » qui s’empare de moi me fait parfois redouter ce genre de rencontres, mais les jeunes femmes du Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie étaient vives et bien préparées. Elles m’ont appris certaines choses, notamment sur le sens caché du mot vitriol, dans mon titre, et m’ont même posé quelques questions pièges auxquelles je réfléchis depuis...

Je garde de mon expérience un excellent souvenir, et il me ferait bien plaisir d’avoir l’occasion de retourner dans les classes pour faire d’autres animations.

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