18 juin 2009 › par La courte échelle
L’épaisseur du livre
Par Sylvie Massicotte, écrivaine et animatrice d’ateliers d’écriture![]()
Nombreux sont les parents qui tombent dans le piège. Juger de la capacité de lecture de leurs jeunes par le nombre de pages lues !… Combien de fois ai-je entendu, dans les Salons du livre, un papa ou une maman affirmer: « Mon enfant est un très bon lecteur. Il lit des livres épais comme ça ! » J’ai publié un livre destiné aux jeunes de onze ans et plus, merveilleusement illustré par Daniel Sylvestre, et ne comportant que cinquante-huit pages. Je rencontre, avec Ma vie de reptile, de plus en plus d’élèves de cinquième et de sixième année, mais aussi du début du secondaire. Ces jeunes apprennent tout à coup à lire lentement, à faire une lecture attentive. Ils apprennent aussi à se faire confiance, car tout n’est pas dit dans Ma vie de reptile. Il faut déduire, et pas tant à travers des interprétations personnelles qu’à partir de véritables indices semés au fil du texte (c’est ce que certains adultes apprennent aussi en lisant mes nouvelles ! ).
Tout à coup, les bons lecteurs ne sont plus uniquement ceux que l’on croyait. En les plaçant devant un texte bref, mais exigeant, on change la donne. Et voici les commentaires de jeunes qui expriment très bien ce qu’une lecture attentive leur a fait vivre:
• « Pour suivre l’histoire, il fallait se faire des images dans nos têtes. Au début, je ne l’ai pas compris, mais je l’ai imaginé et ensuite je l’ai vraiment compris. »
• « Franchement, j’ai adoré, car il faut suivre l’histoire pour comprendre ! "
• « J’ai trouvé le livre vraiment spécial parce que l’auteur ne disait pas ce qui se passait. On devait le comprendre grâce aux pensées du garçon. »
• « Parfois, c’est compliqué, et quand on relit, ça devient intéressant et on comprend. Je trouve que c’est rare. »
• « Moi, lire ce n’est pas mon fort, mais j’ai adoré le livre. Cela pourrait m’aider à recommencer à lire plus. »
• « Il faut toujours lire plus loin et il faut même décortiquer. Il faut que je reste à l’écoute de l’aventure pour la comprendre. »
En d’autres mots, « les textes courts exigent une lecture longue » (Jean-Noël Blanc).
Catégorie(s) : Animation en classe Témoignage d'auteur
Commentaires de nos lecteurs
19 janvier, 2010 - 08:36 — Anonyme
Voilà une belle façon d'amener les jeunes à faire des inférences. La motivation vient du désir de comprendre l'histoire et les jeunes réinvestiront davantage leurs stratégies de lecture par la suite. La satisfaction ressentie à la suite de cette lecture doit sans aucun doute accroître le sentiment de compétence et la confiance de l'élève.
26 juin, 2009 - 08:00 — cathy Girard
Je suis très interpellée par ce que je viens de lire puisque je travaille avec des élèves en difficultés et la lecture est presque toujours leur problème principal. On tente plusieurs solutions qui fonctionnent une année et pas l’autre. Cette année j’ai pris l’habitude de faire la lecture à mes élèves pour leur donner le goût de poursuivre ce livre. Pour compte j’aimerais bien connaître les trucs nommés plus haut.
26 juin, 2009 - 17:36 — Nancy Pelletier
Je crois effectivement que nous n’enseignons pas assez ces stratégies à nos jeunes…. Des enfants me disent souvent que leurs parents veulent qu’ils apportent des livres avec plus de textes, moins d’images (car les livres avec beaucoup d’images sont pour les “bébé”…) Les parents devraient bénéficier également de l’enseignement de ces stratégies afin de mieux guider leurs enfants.
25 juin, 2009 - 12:55 — Dominique Cadeau
Ce livre m’apparaît vraiment intéressant et surtout pour les lecteurs qui ont de a difficulté à déduire des informations, à faire des inférences. Lire n’est pas toujours un processus facile, mais quand le lecteur a en tête une certaine recherche de sens, il me semble que ce ne peut être que favorable pour sa motivation.
20 juin, 2009 - 09:02 — Mélina Cliche
Peut-être, en tant qu’enseignantes, n’enseignons-nous pas suffisamment à nos élèves comment choisir un livre qui leur convienne ? Car plusieurs laissent le hasard en décider et c’est là que la grosseur du livre devient un critère. Cette année, pour chaque période de bibliothèque, j’ai réservé 15 minutes à l’enseignement de stratégies pour bien choisir un livre (ex. : la technique des 5 doigts, prendre une page au hasard et la lire, dénicher la grosseur de typographie qui me convient, étudier les genres littéraires qui existent et ceux que j’apprécie, etc.) Pourquoi chercher à lire de gros livres ? Pourquoi ne pas tout simplement lire pour le plaisir !!!
18 juin, 2009 - 12:25 — Louise Jobidon
Effectivement, les jeunes et leurs parents croient être de bons lecteurs car ils lisent (décodent) de gros volumes. La compréhension n’est pas toujours là.
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