D'un océan à l'autre

Par Sylvie Desrosiers, écrivainedesrosierssthomas-desrosiers.jpg

De Montréal à Vancouver, de Halifax à Yellowknife, j’ai sillonné le Canada de part en part. J’y ai rencontré des milliers de lecteurs appartenant à ces communautés francophones nombreuses, vivantes et inconnues de nous, Québécois, qui bien souvent pensons qu’hors des limites de notre province on ne compte que quelques « Cajuns » à l’accent prononcé. J’ai visité des groupes de 200 élèves et de petites classes à niveaux multiples. Partout j’ai été très bien reçue. Deux fois je suis allée à Iqaluit, au Nunavut, à l’école des Trois-Soleils, où on comptait à peu près 70 élèves.

C’est fou comme ils se ressemblent tous, ces enfants, lorsqu’ils sont assis par terre en attente de ce que l’écrivain a à leur apprendre. Curieux, enthousiastes, qu’ils aient 6 ou 15 ans, ils rêvent qu’il leur révèle les mystères de l’écriture. Je ne sais pas moi-même percer ce mystère, mais j’ai des pistes.

Bien sûr, pour une rencontre vraiment réussie, il faut que les enfants aient lu un de mes livres et aient préparé UNE question par écrit. À partir de là, ça va tout seul. Je suis là pour répondre à leurs questions, leurs préoccupations, et il est très important pour moi de leur dire que je rencontre les mêmes difficultés qu’eux devant une page blanche. Je leur parle de mes solutions, en précisant qu’ils peuvent trouver les leurs. Pour rendre les choses vivantes, je les fais parler d’eux, utilisant leurs réponses comme tremplin pour les amener à parler grammaire, orthographe, plan, correction – toutes choses qu’ils détestent – de manière amusante. J’ai appris avec les années à ponctuer l’heure passée avec eux de parenthèses, de blagues…

Chaque fois que je me retrouve devant une classe, même après 25 ans, j’ai le trac. Je me demande : « Comment les charmer, les intéresser, leur donner un peu d’assurance face à une production écrite, les encourager à lire, du moins à essayer encore une fois de trouver le livre qui va les allumer ? » L’écrivain a un atout de taille : il est un invité spécial et un prétexte à manquer une période de cours. Il y a bien sûr un aspect pédagogique à une rencontre, mais il doit être invisible. Les enfants sont en général très réceptifs : les petits sont avides de poser des questions; les préados, d’apprendre; les ados, lorsqu’ils ne dorment pas sur leur pupitre, vous font un accueil chaleureux. Bien sûr, il y a des moments où la magie n’opère pas et on ne sait pas toujours pourquoi. Le vendredi après-midi est à éviter. Si les élèves n’ont pas été préparés par leur enseignant et qu’on arrive comme un extraterrestre, on risque gros et il faut alors faire compétition à tout ce qu’on peut apercevoir au-delà des fenêtres. À éviter aussi.On ne peut plaire à tous. Quatre fois sur cinq, cependant, le courant passe. Il y a ces regards d’enfants qui brillent soudainement et on dirait vraiment qu’ils viennent de comprendre ce qui demeure un mystère pour moi !

On apprend à écrire en écrivant, bien sûr. Mais l’écrivain contribue par son savoir à peut-être donner envie de le faire.

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