14 avril 2010 › par Sylvie Massicotte
Ce « schéma narratif », quand il nous tient… - 2e partie
Par Sylvie Massicotte, écrivaine et animatrice en ateliers d'écriture
J’ai lu avec plaisir les généreux commentaires qui nous sont parvenus, entre le 15 et le 27 mars, au sujet de mon texte « Ah, schéma narratif, quand tu nous tiens ! ». J’ai beaucoup apprécié ces réflexions et questionnements auxquels j’aimerais réagir ici.
D’abord, il faut bien comprendre que cette idée de transmettre un schéma narratif dans un contexte scolaire ne tombe pas du ciel. Le schéma narratif que vous enseignez en est un parmi d’autres, il ne faut pas l’oublier. Ce modèle est le fruit d’analyses d’un corpus qui, à un certain moment, était constitué majoritairement de contes. Des constantes ont été notées. C’est à partir des observations les plus courantes que l’on enseigne aujourd’hui, dans les écoles, un des schémas narratifs existants. On utiliserait donc un seul modèle pour toutes sortes de genres littéraires à partir desquels nous pourrions dégager d’autres constantes… Ainsi, sur internet, quelqu’un faisait remarquer que, dans tel roman, le « déclencheur » se donne à lire dans les premières pages, la « résolution » intervient à la page 250 et, entre ces deux événements, tout ne serait que « péripéties » ! Amusant, non ?
Que l’on analyse des textes en observant la façon dont ils sont construits est un exercice intéressant. Que l’on fasse ressortir une structure qui permette de donner des lignes directrices aux élèves peut être instructif. Là où il peut y avoir un glissement, c’est là où nous ne pourrions plus faire une création littéraire sans nous assurer que le texte se moule parfaitement à un seul cadre. Le spécialiste hollywoodien en scénarisation, Syd Field, a imposé malgré lui un modèle de scénarisation tellement rigide qu’aujourd’hui, certaines institutions cinématographiques ne lisent pas les scénarios qui leur sont soumis s’ils n’épousent pas, dès le début, la forme scénaristique préconisée par Syd Field. Un peu de la même façon, les élèves appliqués, instruits par des enseignants aussi appliqués, retiennent parfois que « le » schéma narratif impose de véritables règles que tout texte littéraire devrait respecter. Règles que ces jeunes n’auront qu’à transgresser quand ils sauront faire leurs gammes ?
Faire ses gammes, en création littéraire, ce serait avant tout de savoir maîtriser le code de la langue. Bien plus que de savoir appliquer à la lettre les règles d’un seul schéma narratif qui a par ailleurs une utilité, la question n’est pas là.
Catégorie(s) : Témoignage d'auteur
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