29 septembre 2011 › par La courte échelle
Apprécier une œuvre littéraire avec «Quand j’étais chien»
Par Sophie Michaud, directrice littéraire, secteur jeunesse de la courte échelle

Louise Bombardier, auteure et comédienne de théâtre, aborde le thème de la différence dans son album graphique Quand j’étais chien. Elle nous présente Antoine, un homme de 25 ans, qui est déficient. Ayant 5 ans d’âge mental, il vit avec sa mère et son frère Jacques. Un jour, sa mère tombe malade. Elle dépérit à vue d’œil. Quelques temps plus tard, on annonce sa mort à Antoine : « Tu sais, Toto, ta maman était très fatiguée. Elle est partie en voyage. Un long voyage, pour se reposer. » Antoine, qui ne comprend pas le sens de ces paroles, espère et attend le retour de sa mère.
Antoine vit maintenant sous la responsabilité de Jacques, mais ce dernier le maltraite. Un soir, Jacques l’abandonne. Seul, en détresse, Antoine décide de devenir chien.
Le récit de Bombardier est fort touchant. Le lecteur s’attache à ce personnage naïf mais ô combien débrouillard. Il veut survivre, malgré tout ce qui lui arrive. Vivre, malgré la mort qui l’entoure : celle sa maman Gritte, celle de Jacques et finalement celle de Delphine, sa chienne.
Cette histoire percutante est une excellente façon d’exploiter la compétence « apprécier des œuvres littéraires » avec les adolescents. Je vous suggère de faire une heure du conte pour les plus grands[1] et de lire l’histoire devant votre groupe. Riche en émotions, le récit de Bombardier favorise les échanges entre les élèves. Que pensent-ils de l’attitude de Jacques, d’Antoine, de Pierre ? Ce scénario est-il plausible ? Quelles émotions ont-ils éprouvées ? Ont-ils déjà lu ou entendu des faits divers dans les médias qui ressemblent à cette histoire ? Autant de questions qui amèneront les adolescents à porter un jugement appréciatif sur le contenu.
Afin de pousser plus loin le jugement appréciatif avec les élèves, je propose d’analyser le symbole du chien au sein de ce récit. Que présente le chien dans la société ? Pourquoi Antoine devient-il chien ? Que représente-il pour lui ? Quels sont les points positifs de cette transformation ? Et les points négatifs ? Je conseille d’étoffer la recherche avec Le dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et d’Alain Gheerbrant et d’alimenter en contenu le symbole du chien. Serez-vous surpris de constater qu’il a un lien avec la mort ?
Les autres thèmes importants chez Bombardier sont aussi à exploiter afin d’enrichir l’appréciation du récit des élèves. Que pensez-vous de l’importance de la famille pour Antoine ? De sa relation avec sa mère décédée ? De l’importance des animaux dans sa définition de la vie ? De sa façon de décrire ses émotions ? Est-ce que tout cela est en lien avec leurs valeurs et leurs convictions ? Quelle est leur opinion sur ces sujets ?
Enfin, puisqu’il s’agit d’un album graphique, il est aussi intéressant d’exploiter les illustrations de Katty Maurey. Pourquoi illustrer cette histoire dans les tons de gris, rouille, noir, vert et blanc ? Comment l’illustratrice fait-elle voir les émotions d’Antoine ? Quelles émotions nous fait-elle ressentir ?
Bref, chacun ira de sa propre appréciation, selon son expérience, ses valeurs, sa personnalité et sa sensibilité. Chose certaine, personne ne peut rester indifférent face à Antoine et à son histoire.
[1] J’emprunte cette expression à Yves Beauchesne dans son livre Animer la lecture, Montréal, ASTED, coll. « Guide pratique », 1985, 237 p.
Catégorie(s) : Animation en classe
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