« Ah, schéma narratif, quand tu nous tiens ! »

Par Sylvie Massicotte, écrivaine et animatrice en ateliers d'écriture

Telle ne fut pas ma surprise quand, dans une classe de quatrième année, un enfant a levé la main pour me demander :

- Madame, c’est quoi le problème dans vos autres livres ?

Si cette question avait été posée par un grand ado à la voix rauque, n’importe quel écrivain aurait pu l’interpréter comme une attaque ! Mais il ne s’agissait pas de cela, bien sûr. Au contraire, l’élève était appliqué et cherchait à mettre en pratique ce que l’enseignant, appliqué lui aussi, lui avait inculqué. Car ces enfants avaient été formés (ou formatés) avec le fameux schéma narratif préconisé par le programme d’enseignement et ils en étaient venus à comprendre qu’il fallait nécessairement un problème (élément perturbateur) dans chaque livre.

Nous en parlions récemment entre nous, les écrivains inquiets qui avons de plus en plus l’impression que les jeunes nous lisent en tâchant de faire coller nos histoires à des courbes pré-établies, comme si notre entreprise consistait à écrire en suivant des lignes tracées d’avance. Nous nous demandions si, en plus d’accomplir cette tâche, schéma narratif en main en appliquant consciencieusement le programme, vous aviez, à votre manière, trouvé une façon de montrer aussi à vos jeunes que l’expérience littéraire va bien au-delà de ce qui est tracé d’avance et que les romans, justement, c’est un peu comme la vie…

Leur manière de lire (et d’apprendre à lire) nous inquiète parfois. Et vous ? Racontez-nous !

 

Commentaires de nos lecteurs

Et si en voulant structurer l'écrit, en l'encadrant dans des plans réducteurs on arrivait tout bonnement à bâillonner l'étincelle de créativité qui nous habite tous. La pensée se structure dans la tête et le coeur de celui qui écrit l'amenant parfois très loin du trajet qu'il avait décidé de prendre. Je crois sincèrement qu'à vouloir tout contrôler, on paralyse la joie de se mettre au monde par les mots qu'on laisse librement vivre sur une feuille blanche. Notre créativité est l'expression de notre nature divine.

Il serait mieux de parler d'un élément «déclencheur» quand on parle de texte narratif. Le mot «perturbateur» vient peut-être «embêter» certains jeunes qui pensent automatiquement à quelque chose de grave; on sait que ce n'est pas toujours le cas. Par exemple, si le personnage principal reçoit un appel téléphonique l'invitant à une fête d'anniversaire, ce n'est pas une mauvaise nouvelle en soi et ça peut être l'élément déclencheur de l'histoire.

Alors même que tous les pays pleurent le défaut d'orientation scolaire vers les carrières scientifiques, jamais le système scolaire n'aura autant été le temple de la science et le lieu où l'on inculque son catéchisme.
Il n'est que de lire des rapports - tels que le rapport Bach - qui préconisent la démarche d'investigation dans toutes les matières.
L'élève doit se questionner rationnellement
Y compris celui de CP lorsqu'il dessine un objet réel, lequel est tenu de comprendre le caractère subjectif de son acte de transcription de la réalité.

Le "c'est quoi le problème" est abondamment enseigné dans ce qui se nomme Technologie (au collège cette matière a remplacé tout enseignement de l'acte technique, on n'y rencontre plus ni marteau, ni scie, ni bois, ni cuisson)
et ce dans la démarche qui conduit au "Cahier des charges fonctionnel" d'un produit. Outil indispensable pour satisfaire par une innovation au "besoin exprimé ou non du client" (définition AFNOR de la "qualité"*.)

Comment ?
Vous ne procédez par ainsi pour écrire un livre ?!
Vade retro Rétrograde !

* ce ne doit pas être la votre ... ce n'est pas la mienne.

A.B. Apprenti humain

Oui, je trouve ça un peu inquiétant, moi aussi. Comme si la littérature n'entrait que dans un seul moule.
En tant qu'auteure qui fait aussi des ateliers dans les écoles, je me sens même gênée de dire que j'écris sans faire de plan au préalable. Il faut voir le regard désapprobateur des enseignants! Devrais-je mentir? Dire que j'écris un beau plan détaillé avant de me lancer dans l'écriture d'un roman? Ce qui est enseigné à l'école a un but très précis et est sûrement nécessaire. Mais on devrait apprendre aux enfants que les livres, c'est un acte de création et que chaque créateur a sa manière de créer, d'inventer, d'écrire! Ce qui m'inquiète est que nous, les auteurs, soyons de plus en plus "forcés" d'adapter nos livres (et je ne parle pas des manuels scolaires ni des livres destinés à la littéracie) en fonction d'une utilisation scolaire.

Je crois qu'il est important de connaître les règles et les bases avant de pouvoir décider volontairement de les ignorer! Le schéma narratif, c'est comme le solfège: un passage obligé pour comprendre son art. Les élèves créatifs sauront sortir de cette boîte lorsqu'ils s'en sentiront prêt!

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